Croquant

  • Le rap - en particulier le rap indépendant - est généralement perçu et se présente fréquemment lui- même comme la chronique musicale de la vie des « jeunes de cité », dénonçant le racisme et les injustices sociales qu'ils subissent tout en exprimant leurs désirs de reconnaissance et d'ascension sociale. Basée sur une enquête de terrain réalisée à la f n des années 2000 auprès de rappeurs indépendants dans la région parisienne et lyonnaise, focalisée sur l'étude des trajectoires sociales et du travail artistique, cette recherche présente les rappeurs sous les traits d'auto- ou de petits entrepreneurs évoluant en marge des industries culturelles. Ce genre de carrière peut se comprendre comme une stratégie d'ascension culturelle, voire économique, le plus souvent vouée à l'échec, mais of rant des compensations symboliques à travers l'accès à la vie et à l'identité d'artiste, à des jeunes des classes populaires ou moyennes confrontés à la reproduction ou au déclassement. Plus diversif é socialement que dans les représentations communes, le monde du rap indépendant est aussi divisé du point de vue stylistique entre des pôles économique, professionnel et engagé, en fonction de la plus ou moins grande distance des artistes par rapport aux industries culturelles. Ce genre musical se présente ainsi comme un univers révélateur des phénomènes de mobilité et de reproduction sociales et permet de mettre en évidence l'articulation des logiques économiques et culturelles dans la production musicale.

  • « M. Huet, 1837 » : l'inscription figure au dos du sous-verre primitif. Au verso du cadre en bois s'avancent les premières lettres d'une signature. C'est celle de Louis Daguerre, l'un des plus grands noms de la photographie. Leur découverte fit grand bruit.
    Tracés au crayon, ces quelques mots venaient dire que ce visage est le plus ancien exemple connu de portrait photographique. De fait, on est presque deux ans avant les autoportraits d'Hippolyte Bayard obtenus, eux, par un procédé en positif direct1, deux ans avant le célèbre autoportrait de Robert Cornelius, le daguerréotypiste de Pennsylvanie 2 . À l'échelle des manuels d'histoire, le saut est considérable. Au point que la chronologie des premiers pas de la photographie tombait soudain en désuétude.
    C'est en 1998 que le portrait de « M. Huet » fut présenté à la presse internationale. Marc Pagneux, un collectionneur, l'avait acquis dix ans plus tôt au marché aux puces de Vanves. L'objet est rapidement devenu propice aux controverses. Pire : il a réveillé de vieilles querelles. Comme celle de savoir qui, de la France ou de la Grande-Bretagne, a inventé la photographie ou qui, de Paris ou de Philadelphie, a mis au point « la première image véridique d'un homme »3. Étrange procès. Voilà que cette minuscule plaque était accusée de tourmenter l'histoire.
    Aucune étude n'a pu révéler l'identité de ce « M. Huet ». Résultat : cet inconnu a tout d'une apparition. Faut-il pour autant l'abandonner à son sort ? Certains y sont prêts. « Peu importe qui était au fond ce M. Huet au visage pâli par le temps et immortalisé par Jacques Louis Mandé Daguerre » écrit, par exemple, un éditorialiste. Pour un peu, on prendrait cette figure sans vie pour une « ombre mal terminée », de celle dont parle Diderot dans ses Essais sur la peinture, un « fantôme subsistant » qui oppose l'art à la nature7.
    Sauf qu'il s'agit ici d'une photographie. Et cela change tout. Ces pommettes saillantes, cette arcade sourcilière plissée, ces cheveux en désordre ? Ils ne sont pas le fait de l'imagination. « M. Huet » a bel et bien existé. Ce livre est là pour en témoigner. L'auteur propose un récit sociohistorique du portrait réalisé par Louis Daguerre. Avec une ambition : arracher ce visage, surgi de nulle part, au monde des spectres et des spéculations.

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