• Ce recueil rassemble un certain nombre de textes plus ou moins brefs (d´une ligne à deux pages), écrits sur une période d´un peu plus de 30 ans, parallèlement ou comme contrepoint à des travaux plus longs et continus, sans véritable intention - du moins, jusqu´à une période récente - de les regrouper en volume. Certains, cependant, l´ont été de façon ponctuelle (à titre d´essais), en revue et dans quelques-uns de mes recueils précédents, où ils faisaient contraste avec des poèmes plus complexes et architecturés. Il s´agit donc pour moi de donner enfin à lire, cette fois de manière autonome, une série d´écrits assez différents de ce que l´on peut connaître « du même auteur » - et qui peuvent, ainsi présentés, éclairer l´ensemble d´une coloration nouvelle?: comme un recueil de vanités. « POète bruYant. », Jean-Pierre Bobillot pratique la re/création sonore (en studio) et la lecture/action (en public), à voix rauque et drôle, seul, ou en formations diverses.

  • News from the poetic front par Alain Helissen [Poezibao] Jean-Pierre Bobillot déplie depuis de nombreuses années des chantiers poétiques qui s'imbriquent les uns dans les autres, faisant l'objet de publications ponctuelles en revues ou en volumes. Les textes produits connaissent de multiples versions ou « états », tant cet auteur aime à les remanier, à les augmenter au fil du temps. En somme, un « work in progress » constitutif d'une oeuvre dont l'éclatement a fini par devenir la singularité. Jean-Pierre Bobillot y intègre théorie et création poétique, le plus souvent voisines dans un même ouvrage, comme c'est le cas de ce news from the poetic front. Soucieux de traçabilité, l'auteur fournit en fin de volume l'historique détaillé des textes rassemblés ici. Le lecteur pourra ainsi en reconstituer le parcours un rien labyrinthique. Sans entrer dans ce détail, disons que le livre intègre des écrits des années 90, revus et augmentés, auxquels s'ajoutent deux compositions plus récentes, datées de 2009. Au total, cinq parties et un prologue. Ce dernier, « Poésie c'est. » ─ il fut publié dans l'anthologie permanente de Poezibao ─, compte au nombre de ce que Jean-Pierre Bobillot appelle ses « textes de scène », objets de performances que le bruyant poète propose régulièrement. Il s'agit là, comme pour « America », d'une longue énumération prenant effet de litanie. Mais bien d'autres formes apparaissent dans ce recueil. Ainsi, celle du journal, tenu pendant 23 jours, du 30 décembre 1991 au 21 janvier 1992, et qui brasse les désordres du monde en y infiltrant « la femme de sa vie ». Partie quatre, on retrouve le penchant « essayiste » de l'auteur dans un texte intitulé « Rimbaud, Thiers, Pétain et les autres : halte à la falsification ! » Auparavant, une incursion du côté de la poésie visuelle. News from the poetic front, c'est l'effervescence bobillotienne toujours régénérée, à force pieds-de-nez, outrances humoristiques, inventions verbales, emprunts à la langue anglaise, pirouettes et hue-dada version « chercheur de poux », quand y'en a p(l)oux y'en a encore. Assurément, Jean-Pierre Bobillot demeure l'irremplaçable trublion dont les grains de sel rehaussent la poésie contemporaine d'un rien de fantaisie bavarde, juste ce qu'il faut pour la rendre vivante et désirable.




    NEWS FROM THE POETIC FRONT par François Huglo [Sitaudis] Compil ou best of ? Ici (« nulpart », dirait Ziegelmeyer) interfèrent (alternent, se mêlent) poèmes et fragments d'essais de Jean-Pierre Bobillot (now-here man ou no-where man : « POésie C'EST le hic & l'nunc »). Collage, mais en 3 D : volume (pump up the), mise en perspective du poétique par le politique et l'inverse. Car « ni vers ni prose, ni mètre ni esclave », frontale, effrontée, sans frontières, pop et free, « POésie C'EST. » lignes de front. La lutte « de partout » (titre d'un recueil de Sylvie Nève) continue « par d'autres moyens » (d'autres media : CD, internet, ici douze photographies du complice américain, Alan Greene). Et continue le « combat spirituel » de Rimbaud (« aussi cruel que la bataille d'hommes »), celui de Nietzche contre « un siècle de journalisme » (« encore un [.] et tous les mots pueront » : nous y sommes), celui d'Artaud contre « tous les moyens possibles » de la force, et ses « vertus écrasantes », américaines par « surexcellence ».
    Combat quichottesque, perdu d'avance ? « POésie C'EST l'insuccès assuré ». Et pourtant, elle tourne, « sillon sans fin », et « POésie C'EST l'réel », puisque Le Réel est un spectre. Elle ne joue pas du double pouvoir des mots, symbolique et idéologique, elle s'en joue, déjoue leur surveillance, n'est pas dupe du discours médiatique qui, faisant l'événement, se substitue à lui. Que manipule, que manigance la poésie ? C'est à d'autres fins, à d'autres « fêtes de la faim », qu'elle donne leur chance aux mots. « Give words a chance ». On retrouvera aussi le « Yew yeah Yew » d'Instant Karma, du même « John Winston Lennon » - Winston, comme le personnage de 1984 d'Orwell - interférant avec Gimmie Shelter et l'album des Rolling Stones, Let it bleed - titre saignant sur une image rêvée de crème épaisse (impure ?) coulant sur (abreuvant ?) des sillons de vinyl : « Pig Other is Catching Yew yeah Yew ».
    « POésie C'EST. » gratuit : Jean-Pierre Bobillot ne l'écrit pas dans le poème qui ouvre le recueil, mais dans une note en bas de page de l'essai qui le clôt (ou presque) : à André Guyaux qui soupçonne Rimbaud d'avoir « été un précurseur de l'utopie formaliste », il répond : « Que le résultat ne soit qu'hermétisme et inintelligibilité gratuites (ah, la gratuité, cette tare, ce péché mortel à l'aune du Marché !), on a déjà entendu ça » - André Guyaux, appelé à incorporer Rimbaud dans la « Pléiade », ce « coeur, de longtemps dévitalisé, du dispositif spectaculaire-marchand de l'édition française » ! Coeur ou « caca-rente » ? Du « Coeur volé » au « Coeur sous une soutane », Rimbaud is not Musset, time is not money - but life (time and life are free, temps et vie sont libres et gratuits, comme le signifiant), and heart is sex !
    Tout se tient, dans ce manuel de guérilla « POétic » : Rimbaud immanentiste (« le droit vaut quand même mieuX que la Loi »), matérialiste, prolétarien, athée, communard, républicain, et nous de Beyrouth, Wall street, Tokyo, Gaza, place Tiananmen, Bagdad (« bad gag »), Alger, Dubrovnik, « France Kultür », la télé. Nous, vous, et eux, Raskolnikov et Lolita, le Peuple et le dictateur, « le petit mitron » et « le Grand Communicateur » qui nous roulent dans la farine : « Cindollarella », Euromickey, Zorro-dollar. Nous, spectateurs-acteurs d'une « nouvelle séquence géopolitique » et lecteurs actifs de ces POetic news, dans une même guerre « des tranchées du réel » - « Qu'un sang gain pur. » - où toute l'histoire fermente en plis intimes. Tchernobyl, c'est déjà Fukushima. « Dirty free » et « le repos du guerrier pour héros du Paris-Dollar », c'est déjà LE procès franco-américain en mondio-voyeurisme.
    Ces pièces patiemment assemblées depuis 1991, avec Rimbaud toujours en arrière-plan et en perspective, cette histoire rapiécée, ce grand jeu poétic, ludic, et lucid in the sky (no God, no stars, but « we all shine on »), c'est pour aujourd'hui et pour demain. De ce livre, il y aurait de quoi tirer quelques tracts. En l'un d'eux, une note rimbaldienne et internationaliste en bas de page, l'auteur se montre le plus ardent défenseur, depuis Serge Gainsbourg, d'une Marseillaise falsifiée par les discours officiels. Parce qu'elle préfigure l'Internationale ? Le discours officiel, de Thiers à Barrès, de Pétain à Sarkozy, n'a pas changé : « Pour lutter contre l'échec : supprimer les succès. Pour lutter contre l'exclusion : supprimer les admissions. Savonnez, y a rien à savoir ». Entre les mains de Jean-Pierre Bobillot, entre les nôtres, Rimbaud redevient un pavé dans les vitrines idéologiques des droites anti-républicaines, toutes xénophobes. « POésie C'EST. » le front pop !

  • La poésie n'est plus ce qu'elle était.
    Traditionnellement corsetée de contraintes et d'interdits, elle devait tant bien que mal et bon gré mal gré, pour être entendue, en passer par les inflexibles fourches caudines du signifiant-Mètre et de ses arts poétiques: instrument du transcendant Verbe et moule unidimensionnel de la Parole communautaire, prédéterminée et comminatoire. Retrait de la Transcendance et montée en puissance de la subjectivité individuée lui infligèrent le vertige de l'indétermination et de l'absolue singularité, marquées à divers titres du sceau de la lettre, élémentaire et protéiforme signifiant: modernement autonomisée au risque d'une atomisation des formes et des discours, et d'une radicalisation du côté de l'incommunicable.
    Bien sûr, dira-t-on, il s'agit là d'expériences-limites.
    Mais elles contribuent fortement, et irrémédiablement, à redistribuer les cartes et à réinventer les règles d'un jeu immémorial, celui de l'homme dans le monde et dans la langue, et à en ajouter de nouvelles indéfiniment: dérèglement systématique, perpétuelles redéfinitions de la poésie, de ses fonctions et, à travers elle, du langage et des siennes...
    J.-P. B.

  • Que fait la poésie ? La question est ici examinée à travers l'histoire de la poésie sonore et/ou action, plus particulièrement à travers l'oeuvre et la démarche de François Dufrêne, de Bernard Heidsieck, de Christian Prigent ou du cinéma discrépant d'Isidore Isou. La partie théorique veut rendre compte des profondes mutations par lesquelles l'invention poétique a pu s'affranchir, en vers ou prose, de la Page typographique.

  • Divagations sur René Ghil, Jean-François Bory, Lucien Suel : trois auteurs, inventant et pratiquant les formes de « poésie expérimentale » les plus diversifiées, à des moments cruciaux de l'histoire, encore mal connue, de ces poésies récentes (Bory, né en 1938 ; Suel, en 1948) et moins récentes {Ghil, le pionnier, 1862-1925), qui ont profondément transformé l'idée même de « poésie ».
    Ghil, Bory, Suel : trois poètes que peu de choses semblent rapprocher, sinon le goût pour toutes les expérimentations, de la lettre au livre. Enchaînant analyses pointilleuses et élargissements historiques et théoriques, Jean-Pierre Bobillot montre comment chacun articule ces apports médiopoétiques à une métaphysique matérialiste très personnelle, met en lumière ce qui fait d'eux, non seulement des poètes « expérimentaux », mais des poètes majeurs, et précise, outre ce qui les rapproche, les apports propres à chacun.

  • Bernard Heidsieck fut dès 1955, à Paris, l'un des pionniers de l'effervescente et cosmopolite " Poésie sonore ", bientôt rebaptisée par lui " Poésie action ".
    Son oeuvre inclassable et libre apparaît comme une des plus inventives et des plus marquantes de la seconde moitié du XXe siècle.
    Animé par un inlassable désir de poésie, il réclame et élabore une poésie " debout ", prenant en compte, à voix le corps, toute la langue et tout l'homme dans la langue. Jean-Pierre Bobillot, non-métricien tendance pro-Dada, observe les phases successives à travers lesquelles se construit cette oeuvre, en examine les enjeux, y réévalue les théories modernes et contemporaines de la langue et de la poésie.

  • Plusieurs moments dans ce 4ème livre publié aux mêmes éditions : d'abord une liste humoristique de définitions possible de la poésie. Une autre faisant des liens entre deux objets ou personnes "les choses existent, nous n'avons pas à les créer ; nous n'avons qu'à en saisir les rapports" (Mallarmé).
    A nous de continuer...
    La plupart des textes peuvent passer en lecture publique, sortir de la page...

  • La collection des «Morceaux choisis» se présente comme une série de «petits classiques» contemporains, réalisés sur le modèle des illustres Larousse de notre jeunesse...
    Outre un choix important de textes, chaque volume comprend une «Notice» et de très nombreuses "Notes" dont la rédaction est confiée à un «responsable d'édition». La Notice comprend : 1. un portrait de l'auteur, 2. une page manuscrite, 3. l'introduction ou préface, 4. une biographie, 5. une bibliographie, 6. parfois un entretien, 7. les indispensables «exercices» ou «sujets de devoirs», 8. les «jugements des contemporains».
    Les «morceaux choisis» sont en général illustrés par l'auteur.

  • Le reflux des " avant-gardes " a laissé le champ libre au retour des vieilles lunes.
    Le " culturel ", l'" information ", la pseudo - " communication " sont les trois armes new-look à l'aide desquelles le Marché érigé en absolu parachève sa plus-que-centenaire stratégie de main-mise sur la pensée, la connaissance et l'art. Tout rentre dans l'Ordre : le romancier redevient cet insipide radoteur d'histoires trop vraisemblables pour être vraies, et le poète, cet improbable ravaudeur de mythes, cette Grande-Tête-Molle d'une autre époque, second couteau de son dernier commanditaire en date : le linguiste.
    A la recherche des causes et des responsables de cette incroyable régression, l'auteur ne les débusque pas seulement dans le camp de la réaction, mais dans la modernité elle-même, en quelque sorte acharnée à se saborder, et notamment, dans ses propres impasses théoriques (ainsi, la notion de Texte) et partant, dans sa soumission à la loi totalitaire de la Structure : ambivalence de Roland Barthes...
    Commentant les récentes prises de position de plusieurs - comme celle de Finkielkraut - et l'oeuvre ou l'esthétique d'auteurs contemporains - Robbe-Grillet, Ricardou, Sacré, Hauc... - ou de la modernité récente - Mallarmé, Rimbaud, Schwob, Jarry, Dada... - ou moins récente - Stendhal, Flaubert, - il tente de définir les conditions d'un art authentiquement émancipé et émancipateur, à travers la notion de formalisme lyrique, où se rencontrent, dans le champ esthétique, matérialisme et subjectivité critique ; revenant sur quelques aspects plus ou moins négligés de l'histoire des formes littéraires - le sonnet, la question du vers, l'" hypothèse de la satura ", le rôle de la polémique, la notion de fin de siècle...
    - il s'attache à en reconnaître, ici et là, l'émergence, à en préciser les contours et les conditions d'existence ou de pérennité.

  • La dimension politique de la poésie rimbaldienne.
    Rimbaud - c'est là ce qui fait de lui un poète d'exception - a d'emblée conçu et pratiqué la poésie politiquement.
    Lecteur impitoyable, il eut tôt fait de débusquer chez Romantiques et Parnassiens tout ce qui faisait de leur poésie - manières, propos et matières - une alliée ou complice de choix de toutes les oppressions : religieuse, morale, politique, sociale, économique, familiale, sexuelle, etc. De cette lucide négativité, il fit oeuvre - dans le contexte historique troublé et conflictuel des années 1869-1875 -, mettant en pièces avec rage et méthode chacune des composantes du « langage poétique » hérité : autant - sous couvert d'Harmonie, de Beauté et d'Absolu - de conditionnements mortifères, d'impératifs ou d'interdits asphyxiant dans l'oeuf la moindre prise de conscience ou velléité d'émancipation.

    « POète bRuYant, chercheuR de POuX, POusseuR de bouchons », Jean-Pierre bobillot a publié Rimbaud : le meurtre d'Orphée. Crise de Verbe et chimie des vers ou la Commune dans le Poème (éd. Champion, 2004). Il aggrave son cas...

  • L'expérimentation en poésie se confond-elle avec l'innovation ? Avec l'expérimentation scientifique ? Est-elle nécessaire à la valeur esthétique de l'oeuvre oeLa question est posée à travers l'analyse d'oeuvres allant de La Fontaine ou Rimbaud à la poésie de Beckett ou aux poésies concrète, sonore et visuelle contemporaines.



  • Jean-Pierre Bobillot a réuni des textes épars publiés en revues et plaquettes depuis fin 1970, retravaillés pour montrer entre autres, la continuité d'une démarche à travers une grande diversité formelle. Le CD offre 20 minutes de poésie sonore à tout acheteur du livre.

  • Les poésies globalement qualifiées de "sonores" ont une longue histoire, encore très méconnue, qu'on peut faire remonter jusqu'en 1908, voir 1878.
    Elles se caractérisent par un certain usage de la voix (en général, la voix propre du poète) et/ou de la technologie de l'enregistrement, du traitement et de la restitution du son (la voix, mais également tout autre objet sonore ou "bruit"), dès la conception et/ou l'élaboration même de l'oeuvre.
    D'un côté, donc, le corps proférant, en scène ou en studio ; de l'autre, le phonographe, le microphone, le magnétophone, aujourd'hui l'ordinateur. Elles se traduisent par une relativisation du Livre au profit du live, du disque, du livre+disque, du disque+livre, d'internet, etc..., et s'inscrivent volontiers en faux dans le dispositif et l'idéologie du tout-communicationnel de la société post-industrielle : elles y incarnent le bruit du vivant...
    Ca ne veut pas rien dire.

  • "Les ""textes de scènes"" de Jean-Pierre Bobillot et Sylvie Nève, performés en commun sur toutes les scènes de France depuis plus de 20 ans.

    Du Borborygme au récit, du non-sens à la dérision, une lecture/performance qui est aussi un voyage au bout de la langue, au bout du souffle, la fresque épique des frasques de la culture occidentale en miettes, entraînée dans le tourbillon des syllables et des mots : un opéra-bouffe minimal !

    Avec le CD (gratuit) "

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