Hachette Litteratures

  • C'est dans les derniers mois de sa vie que le peintre Serge Val√®ne con√ßut l'id√©e d'un tableau qui rassemblerait toute son exp√©rience : tout ce que sa m√©moire avait enregistr√©, toutes les sensations qui l'avaient parcouru, toutes ses r√™veries, ses passions, ses haines viendraient s'y inscrire, somme d'√©l√©ments minuscules dont le total serait sa vie.

    Il représenterait l'immeuble parisien dans lequel il vivait depuis plus de cinquante-cinq ans. La façade en serait enlevée et l'on verrait en coupe toutes les pièces du devant, la cage de l'ascenseur, les escaliers, les portes palières. Et comme dans ces maisons de poupées dans lesquelles tout est reproduit en miniature, les carpettes, les gravures, les horloges, les bassinoires, il y aurait dans chaque pièce les gens qui y avaient vécu et les gens qui y vivaient encore et tous les détails de leur vie, leurs chats, leurs bouillottes, leur histoire...G. P.

  • Que me demande-t-on, au juste ? Si je pense avant de classer ?¬†Si je classe avant de penser ? Comment je classe ce que je pense ?¬†Comment je pense quand je veux classer ? (...) Tellement tentant¬†de vouloir distribuer le monde entier selon un code unique ;¬†une loi universelle r√©girait l'ensemble des ph√©nom√®nes :¬†deux h√©misph√®res, cinq continents, masculin et f√©minin, animal¬†et v√©g√©tal, singulier pluriel, droite gauche, quatre saisons,¬†cinq sens, six voyelles, sept jours, douze mois, vingt-six lettres.¬†Malheureusement √ßa ne marche pas, √ßa n'a m√™me jamais¬†commenc√© √† marcher, √ßa ne marchera jamais. N'emp√™che que¬†l'on continuera encore longtemps √† cat√©goriser tel ou tel animal¬†selon qu'il a un nombre impair de doigts ou de cornes creuses.¬†G.P.¬†

  • Le pur et l'impur

    Colette

    Colette a 59 ans lorsqu'elle publie, en 1932, Ces plaisirs dont le titre deviendra, en 1941, Le pur et l'impur. Elle atteint alors la perfection de sa sensibilit√© et de son style, si intense dans ce libre recueil de souvenirs attach√©s √† quelques figures de femmes ou d'hommes "monstrueux". Souvenirs moraux pourrait-on dire, puisque Colette y traque les instants de beaut√© ou de gr√Ęce qui font croire en une certaine puret√© de la vie. Souvenirs de "spectateur" ou de "t√©moin translucide" ; elle y √©coute et nous fait entendre la musique d'une voix, d'un regard, d'une pr√©sence. Entre deux parfums, on y discernera l'odeur subtile de l'amour et de la jalousie.

    Colette exerce ici, sur trente années de sa vie parisienne, la clairvoyance secrète qu'elle partage avec les chats qui l'accompagnent. Voici un livre qui commence par les vibrations intimes des corps, par ces désirs et ces plaisirs qui ne suffisent jamais, et qui finit par l'aveu d'une "soif optique de pureté". Colette espérait que l'on s'apercevrait un jour que c'est là son meilleur livre.

  • Doria a 15 ans, un sens aigu de la vanne, une connaissance encyclop√©dique de la t√©l√©, et des r√™ves qui la r√©veillent. Elle vit seule avec sa m√®re dans une cit√© de Livry-Gargan depuis que son p√®re est parti un matin dans un taxi gris trouver au Maroc une femme plus jeune et plus f√©conde. Ca, chez Doria, √ßa s'appelle le mektoub, le destin : "Ca veut dire que quoi que tu fasses, tu te feras toujours couiller." Alors autant ne pas trop penser √† l'avenir et profiter du pr√©sent avec ceux qui l'aiment ou font semblant. Sa m√®re d'abord, femme de m√©nage dans un Formule 1 de Bagnolet et soleil de sa vie. Son pote Hamoudi, un grand de la cit√© qui l'a connue alors qu'elle √©tait "haute comme une barrette de shit". Mme Burlaud, sa psychologue, qui met des porte-jarretelles et sent le Parapoux. Les assistantes sociales de la mairie qui d√©filent chez elle parfaitement manucur√©es. Nabil le nul qui lui donne des cours particuliers et en profite pour lui voler son premier baiser. Ou encore Aziz, l'√©picier du Sidi Mohamed Market avec qui Doria essaie en vain de caser sa m√®re. Il se mariera sans les inviteroe Peu importe, "Maman et moi on s'en fout de pas faire partie de la jet-set".
    Kiffe kiffe demain est d'abord une voix, celle d'une enfant des quartiers. Un roman plein de sève et d'humour.

  • Riad Sattouf a pass√© 15 jours en immersion compl√®te dans un des meilleurs coll√®ges de France. Comme lui signale le proviseur le jour de son arriv√©e : ¬ęCe n'est pas le genre d'√©tablissement o√Ļ vous entendrez "Nique ta m√®re !"¬Ľ. Rat√©. Compl√®tement int√©gr√© par les √©l√®ves de la classe de 3√®me B, Riad Sattouf a tout vu, tout entendu, et il en est ressorti avec une conviction : les adolescents des quartiers chics sont loin d'√™tre des enfants sages...

    Retour au coll√®ge est une plong√©e aussi dr√īle que r√©aliste dans l'intimit√© des adolescents d'aujourd'hui.

    C'est aussi l'occasion pour Riad Sattouf, qui s'est rendu célèbre pour ses personnages de frustrés sexuels (Le Manuel du puceau, Les Pauvres Aventures de Jérémie), de retourner sur le lieu de ses traumatismes, avec l'espoir, cette fois, d'être regardé par les filles.

  • Gigi

    Colette

    Petite fille ador√©e de deux demi-mondaines, Gigi s'applique √† manger d√©licatement du homard √† l'am√©ricaine, √† distinguer une topaze d'un diamant jonquille et surtout √† ne pas fr√©quenter ¬ę les gens ordinaires ¬Ľ. On lui apprend son futur m√©tier de grande cocotte. Mais Gigi et Gaston Lachaille, le riche h√©ritier des sucres du m√™me nom, en d√©cident autrement...

    Gigi, un des rares romans d'amour heureux de Colette, donne son titre √† cet ouvrage qui comporte trois autres nouvelles : ¬ę L'Enfant malade ¬Ľ, ¬ę La Dame du photographe ¬Ľ, ¬ę Flore et Pomone ¬Ľ, dont la richesse du style, d'un art inimitable, enchante.

  • ¬ęayant m√Ľrement r√©fl√©chi ayant pris votre courage √† deux mains vous vous d√©cidez √† aller trouver votre chef de service pour lui demander une augmentation vous allez donc trouver votre chef de service disons pour simplifier car il faut toujours simplifier qu'il s'appelle monsieur xavier c'est-√†-dire monsieur ou plut√īt mr x donc vous allez trouver mr x l√† de deux choses l'une ou bien mr x est dans son bureau ou bien mr x n'est pas dans son bureau¬Ľ georges perec nous entra√ģne dans le r√©cit, hilarant, d'une v√©ritable course d'obstacles o√Ļ, selon une logique imparable, de rebondissements en rendez-vous manqu√©s, d'√©pid√©mies de rougeole en intoxications alimentaires, les perspectives d'une rencontre avec un tr√®s √©vanescent chef de service deviennent de plus en plus improbables.

  • Ces ¬ę je me souviens ¬Ľ ne sont pas exactement des souvenirs, et surtout pas des souvenirs personnels, mais des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle ann√©e, tous les gens d'un m√™me √Ęge ont vues, ont v√©cues, ont partag√©es, et qui ensuite ont disparu, ont √©t√© oubli√©es ; elles ne valaient pas la peine d'√™tre m√©moris√©es, elle ne m√©ritaient pas de faire partie de l'Histoire, ni de figurer dans les M√©moires des hommes d'Etat, des alpinistes et des monstres sacr√©s.

    Il arrive pourtant qu'elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu'on les a cherchées, un soir, entre amis ; c'était une chose qu'on avait apprise à l'école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale, un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de la porter, un geste, ou quelque chose d'encore plus mince, d'inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie.
    G. P.

  • Pourquoi les femmes ont-elles si peu compos√© de musique ? Les femmes naissent et meurent dans un soprano qui para√ģt indestructible. Leur voix est un r√®gne. Les hommes perdent leur voix d'enfant. A treize ans, ils s'enrouent, chevrotent, b√™lent.
    Les hommes sont ces êtres dont la voix casse - des espèces de chants à deux voix. On peut les définir, à partir de la puberté : humains qu'une voix a quittés comme une mue. En eux l'enfance, le non-langage, le chant des émotions premières, c'est la robe d'un serpent.
    Alors ou bien les hommes, comme ils tranchent les bourses testiculaires, tranchent la mue. C'est la voix √† jamais infantile. Ce sont les castrats. Ou bien les hommes composent avec la voix perdue. On les appelle les compositeurs. Ils recomposent autant qu'ils le peuvent un territoire sonore qui ne mue pas, immuable. Ou encore, ils suppl√©ent √† l'aide d'instruments les d√©faillances et l'abandon o√Ļ l'aggravement de leur voix les a plong√©s. Ils regagnent de la sorte les registres aigus, √† la fois pu√©rils et maternels, de l'√©motion naissante, de la patrie sonore. Ils s'en font les virtuoses.Pascal Quignard Sur ce th√®me, La Le√ßon de musique propose trois variations, de Marin Marais √† Tch'eng Lien, en pasant par la Gr√®ce d'Aristote.

  • Le couple est une danse. Les amants √©voluent ensemble et le tempo qui berce leur mouvement est scand√© de crises et, souvent, d'insatisfactions. Aujourd'hui, on attend tout, parfois trop, du couple. Pourtant, la vie √† deux n'est pas un conte de f√©es, l'amour ne suffit pas √† garantir le bonheur ni l'√©panouissement que l'on recherche.
    Un pacte inconscient, des r√®gles implicites, des mythes familiaux et des fant√īmes scellent les partenaires √† leur insu. Les remises en question sont in√©vitables. Mais c'est √† ce prix que le couple √©volue : il se nourrit de ses propres crises.
    A travers des histoires de couples au bord de la rupture venus le consulter, Serge Hefez, thérapeute conjugal et familial, raconte et explique ce pas de deux qui confronte, entrechoque et fait valser un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes, avec ou sans enfants. Il dévoile les coulisses et les enjeux de la vie à deux.
    Ce livre est un plaidoyer pour le couple. Ni moralisateur, ni attaché à la tradition, il montre comment, lorsque deux personnes prennent le risque de transformer une relation, cette relation possède à son tour le pouvoir de les transformer.

  • La France, pays de manifs et de contestation, a un savoir-faire in√©gal√© dans le domaine du maintien de l'ordre. Emeutes 2005, fronde anti-CPE 2006, comment le pouvoir a-t-il fait face √† ces √©v√©nements majeurs ? Comment l'Etat use-t-il du monopole de la violence qui lui est accord√© ? Comment g√©rer une violence sociale elle-m√™me plus ou moins accept√©e, plus ou moins reconnue ? Comment ne pas provoquer un d√©sordre plus grand quand le droit de manifester est inscrit dans la Constitution ? Quels sont les choix politiques qui vont conduire les forces de l'ordre soit √† ¬ę encadrer ¬Ľ, soit √† ¬ę repousser ¬Ľ, soit √† interpeller les contestataires, selon les lieux, les √©poques, les effets souhait√©s ? Car, c'est ce que r√©v√®le ce livre : derri√®re chaque coup de matraque se niche une consigne, un ordre, une doctrine. Le maintien de l'ordre, savoir-faire de la police fran√ßaise et instrument politique : c'est tout l'enjeu de cette enqu√™te, qui revient sur plusieurs moments forts de ces derni√®res ann√©es o√Ļ le pouvoir fut s√©rieusement contest√© et en d√©voile les coulisses. C'est aussi, en creux, le portrait d'un certain. Nicolas Sarkozy, qui avait justement fait des forces mobiles d'intervention le pivot de toute sa pens√©e polici√®re. Fruit de plus d'un an de travail, cette enqu√™te donne la parole √† des dizaines de t√©moins, c√īt√© ordre et c√īt√© d√©sordres. Du casseur aux plus grands patrons actuels de la Police, du syndicaliste au responsable des RG, des organisateurs de manifestations sauvages √† Claude Gu√©ant, l'intime lieutenant du nouveau pr√©sident de la R√©publique.

  • A la veille de sa prise par les arm√©es mongoles, la ville de Hang-tcheou, qui apparaissait √† la fin du XIIIe si√®cle aux yeux √©merveill√©s de Marco Polo comme la plus grande ville qui soit au monde et la plus noble, est le si√®ge de la cour des Song depuis un si√®cle et demi. La situation g√©ographique et le r√īle de capitale de cette cit√© dont l'auteur dresse un tableau d√©taill√© en font l'agglom√©ration la plus peupl√©e et la plus active de Chine.
    On dispose pour la conna√ģtre d'une masse d'informations incomparable. Des traductions, toutes in√©dites, de documents chinois de l'√©poque - journaux, monographies locales, priv√©es et officielles, recueils de notes diverses et d'anecdotes - constituent la trame de ce livre, r√©sultat d'un long travail de recherche, et ont permis √† l'auteur de pr√©senter un tableau pr√©cis, color√© et authentique de cette grande ville chinoise et de ses habitants.
    Mais au-delà de cette description, c'est l'évolution historique de la Chine à la veille de l'invasion mongole qui se trouve éclairée. L'auteur montre les incidences sur la société, les moeurs, les arts, les lettres et les idées, de la concentration urbaine et du très grand essor économique qu'a connus la Chine depuis les débuts du XIe siècle.
    JACQUES GERNET N√© √† Alger en 1921, Jacques Gernet a √©t√© membre de l √Čcole fran√ßaise d Extr√™me-Orient √† Hanoi ; puis chercheur au C.N.R.S, directeur d'√©tudes √† l'√Čcole pratique des hautes √©tudes, professeur√† la Sorbonne en 1957. Il entre au Coll√®ge de France en 1975 o√Ļ il occupe la chaire d'Histoire sociale et intellectuelle de la Chine.

  • 5 √† 13 % des adolescents sont victimes de troubles de la conduite alimentaire : 9 cas sur 10 sont des filles. Elles ont souvent tout pour plaire, tout pour r√©ussir et vont pourtant s'enfermer dans une solitude profonde, prisonni√®res d'un comportement autodestructeur comparable √† la toxicomanie.
    ¬ę Ce dont j'ai besoin est ce qui me menace ¬Ľ : voil√† sans doute le paradoxe caract√©ristique de l'adolescence. Cette contradiction que les anorexiques et les boulimiques ne parviennent pas √† d√©passer est au centre de leur comportement alimentaire. Mais ce n'est pas le seul paradoxe que pr√©sentent ces patientes : paradoxe de jeunes filles brillantes et lucides mais qui nient la gravit√© de leur √©tat ; paradoxe d'une maladie addictive dans laquelle la satisfaction provient de la non-satisfaction du d√©sir ; paradoxe de leurs relations aux autres dont elles ne peuvent ni se satisfaire ni s'affranchir.
    Comment réagir face à l'anorexie et à la boulimie ? Philippe Jeammet nous propose une analyse en profondeur de ces pathologies de plus en plus répandues mais souvent niées par l'entourage proche. Il révèle, à travers de nombreux portraits, toute la vulnérabilité de ces patientes, expose leurs parcours souvent chaotiques et tente de comprendre les facteurs individuels, familiaux et culturels à l'origine de ces comportements.

  • La plage

    Alex Garland

    " On évoque le " Au coeur des ténèbres " de Joseph Conrad à propos de son récit initiatique.
    On pourrait aussi bien voir en lui un séduisant exemplaire de ce que peut produire une littérature New Age friande de frissons et d'exotisme. " Jean-Luc Douin, Le Monde. " Cette chronique d'un cauchemar annoncé se dévore comme un véritable thriller sous les tropiques. Voici un livre qui ne laisse à ses lecteurs aucun repos. " Bernard Geniès, Le Nouvel Observateur. " Ce n'est pas la morale convenue de l'histoire qui est passionnante dans ce roman initiatique.
    Mais plut√īt la mani√®re rentre dedans et simple √† la fois qu'a cet enfant de la g√©n√©ration vid√©o de forcer les portes de la litt√©rature, son style direct et cin√©matographique, son art de l'ellipse, la fra√ģcheur distanci√©e du ton, exempt de cynisme. " Juliette Cope, T√©l√©rama. " La Plage est un roman postmoderne, de par ses constantes r√©f√©rences aux codes audiovisuels. Mais il ne faudrait pas sous-estimer la relation naturelle que le h√©ros entretient avec le monde.
    C'est un nouveau romantisme. " Claire Devarrieux, Lib√©ration. " Alex Garland nous persuade de ce que nous effleurions : l'Asie r√™v√©e est un conte de bonimenteur. Ni paradis au go√Ľt sucr√© de lait de coco, ni enfer √©clabouss√© de sang √† la Platoon, l'Asie navigue entre l'image extr√™me de la beaut√© et l'image extr√™me de l'horreur. " Fabrice Gaignault, Elle. " Cette plage aux reflets √©d√©niques ressemble √©trangement √† une antichambre de l'Enfer.
    " N. O., Page. La Plage a donné naissance au film de Danny Boyle avec pour interprètes Leonardo DiCaprio, Virginie Ledoyen et Guillaume Canet.

  • Dans l'Am√©rique des ann√©es 1900, Lily Bart, une jeune femme de vingt-neuf ans, aux prises avec de cruels revers de fortune, doit se frayer son propre chemin √† travers les m√©andres de la haute soci√©t√© new-yorkaise. A la fois complice et victime de ce milieu √©touffant, r√©gi par l'argent et les apparences, elle est convaincue que seul un riche mariage peut la sauver. Pourtant, trop id√©aliste, son but est de vivre heureuse, en refusant compromis et m√©diocrit√©. Et c'est cette grandeur d'√Ęme qui signera sa d√©ch√©ance et son arr√™t de mort, dans un monde o√Ļ le hasard ne joue, dramatiquement, aucun r√īle. Trag√©die des temps modernes, ce roman analyse avec une clairvoyance minutieuse les rouages de la soci√©t√© mondaine. D√©j√†, on y d√©c√®le les sympt√īmes d'une condition f√©minine qui ne nous est pas √©trang√®re.

    Edith Warthon (1862-1937) est considérée comme la première des grandes romancières américaines. Milliardaire, élevée à New York, elle épousa un Bostonien dont elle divorcera après une séparation douloureuse. Elle s'installe en France en 1907: amie d'Henry James, de Paul Bourget, d'André Gide, elle y demeurera jusqu'à sa mort. Comme Gertrud Stein, Nathalie Barney, Djuna Barnes, elle imposa, par une ouvre considérable, son identité de femme et d'artiste. Parmi la cinquantaine de livres qu'elle a laissés, dont une dizaine traduits en français (Ethan Frome, Les beaux mariages, Le temps de l'innocence, etc.) Chez les heureux du monde est unanimement tenu pour son chef-d'oeuvre.

  • Ahl√®me a 24 ans. Elle vit √† Ivry en banlieue sud avec ¬ę Le patron ¬Ľ (son p√®re) et Foued, son petit fr√®re de 13 ans. ¬ę Le patron ¬Ľ, personnage loufoque, a perdu la boule il y a trois ans lors d'un accident de chantier o√Ļ sa t√™te a heurt√© une solive. N'ayant plus toute sa t√™te, d√©pass√© par les √©v√©nements, c'est un ¬ę patron ¬Ľ dont l'autorit√© repose avant tout sur Ahl√®me qui a fort √† faire avec Foued, un vrai petit ch√©tane (voyou). La seule chose qui le retient de ne pas collectionner les conneries (plus ou moins dr√īles et plus ou moins graves), c'est la surveillance de sa soeur. Le probl√®me est qu'elle aussi a fort √† faire, entre ses missions int√©rim (les comptages de clous chez Leroy Merlin), les files d'attente √† la pr√©fecture pour renouveler sa carte de s√©jour (tous les trois mois) et ses histoires d'amour foireuses (pourquoi ses copines s'ent√™tent-elles √† lui pr√©senter des ploucs ?). Malgr√© sa vigilance, elle ne peut donc emp√™cher longtemps son petit fr√®re de glisser sur la mauvaise pente et va donc se d√©fouler de plus en plus souvent chez ¬ę tantie Mariatou ¬Ľ, professionnelle du dicton et m√®re par procuration. La sienne, la vraie, a √©t√© assassin√©e en Alg√©rie en 1992. Depuis, la vie de Ahl√®me c'est donc la France, le souvenir d'un bonheur perdu et surtout l'espoir d'un bonheur √† venir. Elle est encore jeune et parfois na√Įve mais, souvent, elle a l'impression d'avoir v√©cu mille vies. Sans doute un effet des d√©lires du ¬ę Patron ¬Ľ et du d√©luge de gal√®res... Ainsi, elle apprend un matin que, suite √† ses d√©m√™l√©s judiciaires, Foued est menac√© d'expulsion. Certains auraient baiss√© les bras et arr√™t√© de rire. Mais pas elle. Car, comme dit Tantie Mariatou : ¬ę On a beau couper la queue du l√©zard, elle repousse toujours. ¬Ľ

  • Angel

    Elizabeth Taylor

    ¬ęCe qu'Elisabeth Taylor a montr√© √† travers ce r√©cit haletant mieux qu'√† travers toute prose moralisante, ce sont les dangers, les pi√®ges de la litt√©rature-miroir, qui s'enferme en sa propre ignorance et flatte chez le lecteur ses instincts de fuite √©gotiste. Angel raconte la grandeur et d√©cadence d'une adolescente mythomane, qui deviendra l'un des auteurs les plus connus de son temps. A travers cette fresque o√Ļ revit la belle campagne anglaise, un mariage avort√©, deux guerres, l'existence de deux femmes recluses, ce qui est vis√© avec une lucide po√©sie, c'est aussi cela la litt√©rature qui endort et ab√™tit, la m√©diocrit√© des aspirations, la sottise des illusions jamais perdues, l'ent√™tement des natures tyranniques qui se croient invuln√©rables - l'aveuglement, en un mot, de ceux qui ne veulent pas savoir. ¬Ľ (Extrait de la pr√©face de Diane de Margerie) Elizabeth Taylor (1912-1975), appr√©ci√©e des meilleure √©crivains (Rosamond Lehmann, Elizabeth Bowen, Kingsley Amis), est l'auteur d'une douzaine de romans et de quatre recueils de nouvelles. Angel, s√©lectionn√© comme l'un des meilleure romans anglais parus depuis la guerre, passe pour le sommet baroque et tourment√© de son oeuvre. Les critiques reconnaissent une po√©sie de la nostalgie √©voquant Tchekov alli√©e √† l'ironie de Jane Austen - et un talent singulier, bien √† elle.

  • Le Maghreb √† l'√©preuve de la colonisation Daniel Rivet Le fait colonial au Maghreb est d√©laiss√© par les sp√©cialistes du monde arabe : chercheurs et experts s'en d√©tournent parce qu'il trouble la puret√© de leurs mod√®les.
    Daniel Rivet au contraire donne à voir le Maghreb saisi comme un tout et les trajectoires singulières de l'Algérie, de la Tunisie et du Maroc. Il analyse ce qui s'est transformé dans la société colonisée au contact du colonisateur et ce qui a résisté à son emprise.
    En s'inscrivant dans l'h√©ritage de Charles-Andr√© Julien et de Jacques Berque, ce livre d√©voile les clivages qui marquent l'Afrique du Nord avant 1830 : des soci√©t√©s o√Ļ coexistent des peuples qui se fr√©quentent peu. Il distingue et r√©tablit dans leur succession les diff√©rentes politiques : celle des ¬ę Bureaux arabes ¬Ľ au temps de l'orientalisme et du socialisme utopique ; celle de la IIIe R√©publique √† l'√®re des certitudes civilisatrices tra√ßant une barri√®re entre colons et indig√®nes ; celles, chaotiques, au commencement de la fin des empires, toujours √† contre-courant de la conjoncture.
    Daniel Rivet dépeint avec sensibilité et précision une réalité souvent refoulée, évitant à la fois l'anticolonialisme primaire et la nostalgie coloniale.

    Daniel Rivet est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne, il est spécialiste de l'histoire du Maghreb contemporain et a publié plusieurs ouvrages consacrés à Lyautey et au Maroc.


    Couverture : Doc Levin.
    Illustration : Le prince héritier du Maroc, futur roi Hassan II © Collection Viollet 23 5367 02002.II

empty