André Malraux

  • « Si toute condition humaine n'est pas renfermée dans ces pages, du moins est-il certain qu'elle ne cesse pas d'y être en question, et si tragiquement, si profondément que le livre se trouve encore accordé par ses accents aux peines les plus lourdes et aux plus grandes souffrances. C'est un sûr gage de son exceptionnelle valeur. [...] La plus grande beauté du livre - et je ne dis rien de l'intensité de certaines descriptions ou de certaines scènes qui appellent l'image de reproduction cinématographique - est dans quelques conversations terriblement lucides au cours desquelles les personnages, haussés au-dessus d'eux-mêmes par l'événement, livrent tout leur secret. C'est là qu'il faut chercher l'esprit de l'oeuvre, la définition qu'on peut tirer de notre condition.
    Nous sommes seuls, d'une solitude que rien ne peut guérir, contre laquelle nous ne cessons pas de lutter. » Jean Guéhenno.

  • L'espoir

    André Malraux

    'Le livre de Malraux reflète fidèlement le désarroi, les promiscuités et les atrocités d'une révolution ; mais il en exprime aussi la conscience, le sens, le mouvement souterrain. Et c'est parce qu'il ne cache rien des horreurs et des niaiseries de la guerre civile, qu'il charge son titre d'une valeur singulière. Voici les fautes, voici les sots, les mercenaires, les guerriers, voici le doute qui prend le plus résolu quand, à l'instant de mourir, il sent que son corps était beau ; mais voici cette attente, cet appel, cette recherche, on ne sait au juste de quoi, de quelque chose qui efface le passé, d'une communion plus intime dans le danger, la lutte, la souffrance, d'une patrie, d'une gestation, d'une justification par le sacrifice ; - l'espoir.'

  • La voie royale

    André Malraux

    • Grasset
    • 18 Septembre 1996

    La voie royale, c'est « la route qui reliait Angkor et les lacs au bassin de la Ménan. Aussi importante que la route du Rhône au Rhin, au Moyen-Âge ». Piste dans la jungle, voie de terre balisée par des temples khmers oubliés, que fit connaître Malraux en 1930, dans ce livre ardent. Perken est un aventurier qui n'a que sa vie à jouer, dans un pari contre la mort. Il guide le jeune Claude Vannec dans son initiation tragique, sur cette route sans espoir : lutte contre les pierres antiques, qu'ils dérobent pour les revendre, contre les Moïs, qui ont réduit en esclavage un Français, Grabot, attaché à une meule, lutte contre soi-même, et contre la mort, enfin, quand Perken est blessé par une flèche empoisonnée. Jours de marche dans la forêt étouffante, nuits d'attente, d'angoisse, et, au bout du chemin, la mort face à l'homme : voici la Voie royale.

  • - Pourquoi faut-il attendre l'âge de quarante ans pour être écouté? André Malraux - Avec votre question m'apparaît ceci : en réalité ce qu'on a à dire d'important, on le dit toujours à des jeunes gens. L'Europe et sa construction, le communisme, les héroïnes romanesques, Dieu, la révolution et les barricades... Questionné par des étudiants quelques mois avant Mai 68, puis en conférence de presse peu après les événements, André Malraux se prononce.

  • Lorsqu'on croit tout connaître d'un auteur, il manque encore sa vie intime, dont les lettres apportent la trace. On trouvera ici un autre Malraux, simple, drôle, ami fidèle, tantôt lyrique, tantôt farfelu. Et puis un réseau d'amis qui s'appelaient André Gide, Roger Martin du Gard, Raymond Aron, Max Jacob, Louis Guilloux. Et la présence de l'histoire, quand il s'agit du général de Gaulle et d'Indira Gandhi. On entre ainsi, à travers ces lettres pour la première fois livrées aux lecteurs, à l'intérieur d'un des plus grands cerveaux de notre époque et on lit une oeuvre dans l'oeuvre, où il est de nouveau question du roman, de l'art et de la vie.

  • 'Un sous-officier me fit signe de sortir ; la cour était pleine de soldats. Je pouvais faire quelques pas. Il me tourna vers le mur, les mains appuyées sur les pierres au-dessus de ma tête. J'entendis un commandement : "Achtung", je me retournai : j'étais en face d'un peloton d'exécution.'

  • L'Homme précaire est à la littérature ce que La Métamorphose des dieux est aux beaux-arts.
    Malraux propose d'appliquer à la littérature la périodisation de l'histoire de l'art qu'il avait dégagée pour renouveler notre expérience des uvres : une première

  • Les conquérants

    André Malraux

    • Grasset
    • 18 Septembre 1996

    Quand ce livre paraît, en 1928, on s'interroge : est-ce un roman ? un reportage ? un document historique ? Un livre important, qui d'emblée, après La Tentation de l'Occident, place le jeune Malraux parmi les plus grands. 1925 : nous sommes en pleine révolution chinoise ; Garine et Borodine, exaltés, rongés par l'Asie, réalisent l'oeuvre qu'avaient rêvé les grands empereurs. Leurs énergies s'affrontent, se renforcent, et parviennent à galvaniser une masse amorphe, à briser enfin l'étreinte de l'Europe. Entourés d'espions, usant tour à tour de la terreur et de la ruse, ils modèlent l'argile jaune pour la révolution, impitoyables et farouches, sans scrupules : conquérants. Dans une atmosphère de roman policier et de drame classique, la révolution chinoise répand ses cendres et la liberté.

  • Cet essai légendaire (1926) se présente comme une correspondance entre deux jeunes gens: le Français voyage en Extrême-Orient, le Chinois visite l'Europe.
    A.D. est tenté par le confort de la pensée orientale, Ling rebuté par la sécheresse intellectuelle de l'Occident. Un plaidoyer pour l'harmonie asiatique, une introduction à la vie et à la pensée de Malraux.

  • Lazare

    André Malraux

    'Ce qui me fascine dans mon aventure, c'est la marche sur le mur entre la vie et les grandes profondeurs annonciatrices de la mort. C'est aussi le souvenir de ces profondeurs. "Les réanimés ne se souviennent de rien" (de rien, mais de conversations entre les médecins !). La rencontre avec la part de l'homme qui marche, geint ou hurle quand la conscience n'est pas là.
    J'ai été conscient de ne plus savoir où j'étais -, d'avoir perdu la terre. Pas d'autre douleur que celle des autres, qui bat confusément cette chambre blanche où veille la petite lampe de la nuit comme, dans ma chambre de Bombay, la rumeur de l'Océan battait la grève. Je suis lucide, d'une lucidité limitée au ressassement d'une terre de nulle part, à la stupéfaction devant cet état ignoré. Ce qui s'est passé n'a rien de commun avec ce que j'appelais mourir.' En 1972, André Malraux, 'atteint d'une maladie du sommeil', est hospitalisé à la Salpêtrière. De cette expérience va naître Lazare, un de ses plus beaux livres, celui qu'il choisit pour clore le cycle du Miroir des limbes.

  • Énigme des Noyers de l'Altenburg : c'est un dernier roman. Quand le livre paraît, André Malraux a quarante et un ans ; dans le tiers de siècle qui lui reste à vivre, il publiera la longue suite des écrits sur l'art et ces oeuvres dont le titre, Antimémoires, résume l'ambition.
    Si le cas des Noyers est singulier, c'est qu'il y a abandon non seulement d'un projet, mais du genre même où Malraux avait affirmé sa maîtrise : le roman. Dans ce livre, nombreux sont les souvenirs personnels : l'Alsace entrevue en 1922, le premier retour en Europe, à Marseille, la découverte de la Perse et de l'Afghanistan, les décades de Pontigny, l'expérience militaire de 1939-1940. Tout ce qu'a vécu Malraux, il l'a 'transformé en fiction', prêtant tantôt au narrateur, tantôt à son père, ses propres aventures et sentiments. Parfois l'auteur transpose simplement les lieux ou les dates : ainsi la cathédrale de Sens est transportée à Chartres. Pour l'écrivain, tout devient métamorphose : la vie, les lectures, les souvenirs, les passions...

  • 'On lit ce livre avec un plaisir assez unique. Il peut tour à tour réjouir et indigner n'importe qui. Les étrangetés y sont convaincantes, les textes connus y paraissent neufs. La durée y est non pas fiévreuse, mais infatigable. À tout instant, sans un temps mort, on change de lieu, de sujet, d'interlocuteur. Malraux fait revivre la célèbre vivacité napoléonienne, Napoléon se prête merveilleusement à un film malrucien.
    Alors paraissent au grand jour toutes nos contradictions innées. Le rassembleur est un individualiste. Une révolution qu'on sauve est tuée et une révolution qui se suicide se propage. Napoléon a des modesties provocantes et des hauteurs ubuesques. Sa lucidité surprend et ses inconsciences n'étonnent pas moins. Sa promptitude légendaire n'est pas exempte de bévues. Il touche à tout avec un bonheur déconcertant et de sinistres lacunes. Une réussite de rêve aboutit à une chute qui fait songer mais qui nimbera l'épreuve.
    Malraux a cru n'avoir qu'ausculté son héros à travers les textes qui en émanent, au point de n'avoir ni signé ni présenté son montage. Mais le découpage des phrases, leur isolement ou leur regroupement, leur transposition, leur distribution selon l'irréversible chronologie d'une vie, et aussi, bien sûr, les omissions font un Napoléon plus vrai que nature.' Jean Grosjean.

  • 'Un sous-officier me fit signe de sortir ; la cour était pleine de soldats. Je pouvais faire quelques pas. Il me tourna vers le mur, les mains appuyées sur les pierres au-dessus de ma tête. J'entendis un commandement : "Achtung", je me retournai : j'étais en face d'un peloton d'exécution.'

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